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| | Les sanglots longs des violons. [thuthur's subject] | |
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 Invité.  Invité
 | Sujet: Les sanglots longs des violons. [thuthur's subject] Dim 7 Fév - 16:06 | |
| Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon cœur d'une langueur monotone. P.Verlaine
Quelques étincelles vinrent illuminer le sombre ciel de cette nuit d'hiver, où il ne faisait ni chaud ni froid, juste une tiédeur presque insupportable, mêlée à une humidité écrasante qui vous donnait l'impression de peser une tonne et qui clouait le plus athlétique des hommes au fond d'une grotte, à l'abri de cette atmosphère déplaisante. Cependant, la nuit était agréable, car le ciel était constamment dégagé et qu'on pouvait observer pendant de longs instants la voute céleste qui n'avait jamais était aussi visible quand cette soirée. Willemina avait allumé un feu. Elle jouait doucement du violon, seule au milieu de la plage qui s'étendait sur une dizaine de kilomètres. La mer s'étendait face à elle, presque effrayante tant elle était sombre et grande. Le bruit tant plaisant des vagues accompagnait les vibrations du violon. Ses doigts dansaient sur les cordes, comme un réflexe appris durant l'enfance qu'on répéterait par automatisme. Poser un doigt sur la corde, faire glisser l'archer, le menton collé contre le bois doux et vernis qui vous caressait doucement la joue. Chaque son se répétait au travers de son cœur malade, déterminant les battements du palpitant défaillant. Willemina l'entendait battre irrégulièrement jusqu'à ses oreilles. Elle avait appris à reconnaitre chaque mouvement qui traversait sa poitrine. Elle avait appris à composer avec son cœur comme elle composait avec son violon, l'habitude et l'improvisation. Une larme glissa longuement sur sa joue, laissant un sillon noir de maquillage derrière elle. L'idée de sa mort proche avait longtemps effrayait Willemina, à présent, elle en était devenue malade, malade de nostalgie et de regrets. Elle se rappelait incessamment la longue liste de ces souhaits pré-mortem: visiter le monde, faire du parachute, mettre au monde un bébé panda, danser sous la pluie comme dans les films, rire pendant des heures sans pouvoir s'arrêter, aimer. Et alors que ces souhaits inaccomplis tournaient dans son esprit, elle se sentit extrêmement lasse, et elle s'allongea doucement sur le sable fin, le violon encore dans sa main, son cœur semblant plus fatigué que jamais. |
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 Invité.  Invité
 | Sujet: Re: Les sanglots longs des violons. [thuthur's subject] Dim 7 Fév - 19:03 | |
| Dévastation, espoir et source de chaleur. Le feu pouvait représenter tellement de choses à la fois pour l’Homme en tant qu’être et en tant qu’esprit. Après tout, ne dit-on pas que dans la mythologie grecque, Prométhée offrit le feu aux Hommes ignorant des interdictions d’Apollon, leur apportant ainsi savoir et intelligence ? N’est-ce pas pour cette même raison que la race humaine subsiste à travers les âges sans jamais que la lignée ne s’éteigne ? J’avançais lentement à travers la forêt que la nuit tombante assombrissait, me prenant parfois les pieds dans des branches déracinées mais affichant toujours sur mon visage une mine digne des personnes les plus blasées du monde qui les entoure, emmitouflé dans ma bohême, j’étais à la fois le plus heureux et le plus malheureux des hommes. Qui, à vingt ans, pouvait se prétexter assez ravi de la vie qu’il mène pour prétendre avoir accès au Bonheur ? Le Bonheur.. Cet ailé voyageur qui de l’Homme évite les approches.
Je ne craignais pas la mort, peut-être était-ce aussi pour cette raison que je ne m’affola pas de m’être perdu au beau milieu de cette forêt. Continuant mon chemin comme je l’aurais fait si je savais où mes pas me guidaient, je finis par apercevoir au-dessus de la cime des arbres cette lueur d’espoir qui indiquait que tout n’était pas encore terminé : de la fumée. Poursuivant ma route, j’aperçu le foyer, la provenance de toutes ces vapeurs, et ainsi je me dirigeais vers la plage. Une silhouette était étendue mais l’ardeur des flammes brouillait ma vue. Au fur et à mesure que je me rapprochais, ces courbes me devinrent plus familières et j’y reconnu sans hésitation et sans doute aucun le corps étendu de Willemina Silvermann, s’étant recroquevillée sur elle-même.
J’arrivais sans bruit derrière la jeune femme, comme un fantôme l’aurait fait. Voyant qu’une larme avait coulé le long de sa joue, je m’inquiétais subitement de son état. Ce n’était pas dans mes coutumes de ressentir une quelconque inquiétude, en particulier lorsqu’elle ne pesait pas sur ma personne individuellement, mais la belle Willemina était l’une de ces personnes avec qui je ne pouvais pas me permettre de feinter l’indifférence. Nous nous étions connu assez tôt, sur l’île, et rapidement elle m’avait fait profiter de ses talents de femme lors de soirées plutôt animées. C’était le violon dans ses bras qu’elle avait prit cette position fœtale, seule sur le sable de la plage. Je m’accroupis à ses côtés, et fis glisser mon index sur sa joue, caressant son épiderme et effaçant au passage la triste marque de la larme qui s’était éteinte sur ses lèvres.
« C’est la mort qui console, hélas ! Et qui fait vivre. »
J’avais parlé d’une voix si basse que n’importe qui aurait comprit que je m’exprimais pour moi-même. Plongé dans mes pensées, j’observais attentivement la jeune femme étendue, d’une hauteur suffisante pour remarquer chaque battement de cil qui pourrait faire osciller ses yeux. J’étais dans une position un peu inconfortable, accroupis, mais je parvins à garder une stabilité suffisante jusqu’à ce que la jeune femme ouvrit les yeux et remarqua mon visage, et mes doigts sur son épaule que j’avais laissés d’un air pensif. Je retins un sourire, hochant lentement la tête.
« Bonsoir, bel ange. Conte-moi la cause de tes tourments. »
Je faisais allusion à la larme qui avait coulé de ses yeux, pourquoi donc était-elle triste au point de pleurer ? Mon visage prit un air rassurant quoique passablement encore très fermé, juste histoire que Willemina sente qu’elle pouvait très bien se confier à ma personne. J’étais ce genre de livre fermé dans lequel on pouvait aisément confier une amertume, parce que le détenteur de ce malaise aurait la certitude que je ne le jugerais pas, et que ce serait vite oublier puisque j’avais la capacité d’être l’éphémère gardien des songes brisés. |
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 Invité.  Invité
 | Sujet: Re: Les sanglots longs des violons. [thuthur's subject] Dim 7 Fév - 20:07 | |
| S'accrocher à la vie comme si rien d'autres ne comptait vraiment. Je ne voulais pas être vivante, je voulais vivre. la mort ne m'effrayait pas plus que ça, j'avais pactisé avec elle, je m'était fait à l'idée qu'elle était devenue mon compagnon de route. Mais je ne voulais pas perdre la vie, je ne voulais pas arrêter de sentir l'air s'engouffrer dans mes poumons, je voulais préserver les sensations. J'étais une de celle pour qui sentir est la seule chose qui importe. J'aimais manger, voir, toucher, j'étais un être de sens et je le revendiquais. C'était en cela que la mort m'effrayait: elle m'était un point final à ma sensibilité, et il me semblait qu'il restait encore de nombreuse chose à découvrir. Et si mon cœur devait m'en empêcher, alors je me l'arracherais.
Ma maladie m'avait fait prendre conscience de la chance de la santé. J'enviais bêtement les bien-portant, j'avais une envie farouche de leur crier leur chance, de diriger leur vie, qu'ils comprennent enfin à quel point tout cela pouvait être merveilleux, rire, se promener, danser, chanter, marcher, respirer. On m'avait longtemps dit que la vie était belle et dans ma sottise d'adolescente, je le rejetais comme la peste. La maladie m'avait ouvert les yeux, le monde paraissait plus beau, même dans ces côtés les plus obscurs. L'existence était devenue mon rêve inaccessible, ma joie indicible et j'avais l'impression de détenir le secret même de la vie. Paradoxalement, cette découverte devait s'accompagner de ma mort proche et inexorable.
J'avais pleuré très souvent en pensant à ma mort. Je m'étais aussi posée de nombreuse question; à qui vais-je manquer? se souviendra-t-on de moi? que deviendrais-je? C'était ce genre de question que je me posais à présent, étendue sur le sable qui se collait à ma peau, qui venait s'installer dans chaque recoin comme un parasite. Je sentis sur ma peau le contact d'un doigt. Je ne sursautais pas, et laissa l'inconnu arpentait délicatement ma peau. A sa voix, je reconnu Arthur, et sourit doucement. Arthur était jeune et beau. Il avait dans le regard cette vitalité que j'avais depuis de nombreuses années perdue. Je crois que c'est cela qui m'avait séduit en lui. Arthur et moi, nous avions fait l'amour ensemble, plusieurs fois, et cela m'avait plu. Il avait la douceur et la passion d'un amant qu'on recherche souvent en vain. J'ouvris lentement mes yeux, laissant entrapercevoir leur bleu perçant.
-Je vais mourir Arthur. N'est-ce pas terriblement drôle?
Je riais faiblement. Je ne voulais pas l'effrayer, ni le faire fuir, mais il m'avait sembler que si quelqu'un pouvait connaitre mon secret, c'était bien lui. Je ne su pas vraiment pourquoi. Il y avait quelque chose dans son expression qui me disait simplement de le faire. Mes doigts vinrent caresser sa joue alors que je déposais sur la commissure de ses lèvres un baiser.
-Mais à quoi bon me tourmenter. Il me faut profiter de mon restant d'existence. |
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 Invité.  Invité
 | Sujet: Re: Les sanglots longs des violons. [thuthur's subject] Lun 8 Fév - 2:13 | |
| La maladie, cet infâme présence qui vous ronge de l’intérieur et qui fait de votre propre corps un étranger à vous-même, vous guidant lorsqu’elle est aggravée petit à petit dans l’étreinte glaciale de la mort. Il n’y a rien de pire que la maladie : vous savez que vous allez mourir mais vous ignorez la date du jugement dernier. Comment vivriez-vous votre vie, sachant que vous êtes au courant que sa date limite d’expiration approche ? La nouvelle que m’apprit Willemina m’attrista, mais ce n’était pas de moi-même qu’émanait cette tristesse : j’avais cerné l’idée de la Mort et je vivais avec, j’avais accepté cette fatalité, et j’avais même parfois envisagé cette éventualité : la mort, c’est paisible, serein. Il est tellement plus difficile de vivre. Non, si l’amertume me gagnait ce soir, ce n’était pas pour moi mais bien pour elle, cette jeune femme qui semblait pourtant si pleine de vie et qui ne méritait pas tous les tourments qui la hantaient. Je fus soulagé de voir qu’elle avait sourit en remarquant que c’était moi qui venais perturber son petit moment de solitude. Et toute l’ironie qu’elle plaça dans sa voix lorsqu’elle m’avait annoncé qu’elle allait mourir, en appuyant de manière assez burlesque le fait que cela soit si « terriblement drôle », me perturba. Jamais une femme plus âgée que moi ne m’avait paru aussi fragile que Willemina à cet instant. Instinctivement, j’eus un mouvement de recul, comme un soubresaut et je dus m’asseoir convenablement sur le sable pour retrouver un équilibre décent.
Je ne répondis pas à la question ironique qu’elle avait posée, et même la surprise s’était dissimulée sous mes traits épuisés. Je m’étais contenté d’hocher légèrement la tête, et de plonger mes yeux bleus verts dans les siens, d’un bleu plus pur, plus azur, des yeux qui je savais se fermeraient peut-être avant les miens. Ce qu’Ô combien j’avais du mal à concevoir. Ma main fraîche alla gagner la sienne, légèrement plus tiède, comme si à travers ce geste je tentais de faire ressortir toute l’énergie possible pour la conforter dans l’idée qu’elle s’était faite. Je ne voulais pas lui affliger l’idée que j’avais de la Mort, d’une part parce qu’elle était bien trop personnelle et étrange pour être partagée, d’autre part parce que je ne désirais pas qu’elle se fasse d’autre tourments encore. Lui dire que le trépas est quelque chose de paisible et de confortant aurait été une absurdité : qu’en savais-je, après tout ? Je ne faisais pas encore partie de ce monde parallèle. Le visage de la jeune femme s’approcha du mien et elle déposa dans la commissure de mes lèvres un court mais tendre baiser. Je ne bronchais pas ; compte tenu de la proximité de nos relations, je ne pouvais que la laisser faire. Cette sensation ne m’était pas désagréable, bien au contraire, c’était un acte que je trouvais des plus réconfortants. Un petit sourire fit son apparition sur mes lèvres, dissuadant un peu cet air faussement désintéressé qui me collait au visage. D’une voix atone mais sincère, je pris la parole après plusieurs secondes de silence.
« Tu ne mérites pas tout cela. »
La vie est injuste. Tant d’êtres malveillants méritaient l’abjecte sentence qu’est la mort, tant de criminels, d’âmes noires et malfaisantes devraient être à la place de cette femme rayonnante. Même moi, qui l’avait pourtant cherché dans la noirceur de mes songes passés, même moi je m’étais fait rejeté de la Grande Faucheuse. Mon heure n’était pas venue, c’était ce que je ne cessais de me répéter. Dans ce genre de situation, assis à côté de Willemina en l’occurrence, mon corps me disait me lever de crier « Prenez moi à sa place ! », elle n’avait rien fait. Rien, pour mériter qu’elle soit si triste, pour mériter que le sort ne s’acharne sur elle. Mais la belle avait décidé de profiter de son restant d’existence, une forte volonté que je lui trouvais héroïque. Beaucoup s’effondreraient. Lentement, ma main quitta la sienne, et mon regard ne quittant pas le sien, je capturais doucement une mèche de ses cheveux avec la main que je venais de libérer, caressant doucement les traits bien dessinés de son visage de mes doigts fins et agiles, d’un air songeur. |
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